Tu as le droit d’être là?

Je voulais écrire au sujet du pass sanitaire, mais j’ai décidé de scinder cela en deux articles. Le coté liberticide est une chose sur laquelle je reviendrai, mais c’est aussi l’occasion de parler du fait de justifier d’avoir le droit d’occuper l’espace public.

Au delà du fait d’être d’accord, pas d’accord au sujet du vaccin ou du pass sanitaire (ce sont deux débats qui devraient être traités séparément) l’immense majorité de la population n’a pas conscience de ce que c’est de devoir justifier d’avoir le droit d’être là.

Je m’explique. Désormais pour aller au restaurant, au cinéma ou pour prendre le train il faudra prouver que vous avez le droit d’être là. Nous devrons communiquer sur notre état de santé qui je le rappelle est une donnée sensible et confidentielle, tellement confidentielle qu’il a fallu se battre il y a une vingtaine d’année pour que nous, patients, soyons informés correctement. Avant, nous étions régulièrement considérés comme trop cons pour appréhender correctement les informations médicales par certains membres du corps médical. Ainsi les patients n’étaient toujours informés des risques ou de leur état de santé réel. C’est encore le cas aujourd’hui dans une moindre mesure : « Je vous aurais prévenue, vous auriez refusé cette option. » Je l’ai entendu en novembre 2017. Je n’aurai pas refusé, parce que c’était la meilleure option, mais on aurait pu anticiper et limiter la casse en terme de douleurs et d’anxiété. Désormais tout le monde aura accès à votre statut immunologique, tous les gens dans le restaurant, tous les gens dans le tgv, l’information passe dans le domaine public…

Personnellement, je sais ce que c’est de devoir justifier d’avoir le droit d’être là, que si je suis là et que je ne peux pas le justifier j’ai une amende de 135€. Ça s’appelle un PV pour stationnement gênant. Et si le contractuel a décidé de pas déneiger le parebrise pour voir si la carte est là : c’est 135€… Je dois justifier de mon état de santé pour passer à la caisse prioritaire (quand elles existent), pour me faire ouvrir les toilettes pour les personnes à mobilité réduite dans certaines stations d’autoroute, pour prendre l’ascenseur, ou le monte personne, au cinéma, ou en gare, dans tous les lieux accueillant du public.

J’ai une carte de priorité ET une carte de stationnement et pourtant :

  • la police municipale m’a appelée et demandé de ne plus garer mon véhicule sur une place handicapée sur la voie publique (celle la plus près de chez moi), les gens se plaignaient. La rue où je vis manque cruellement de stationnement mais la voie est déjà occupée au maximum.
  • j’ai été insultée un nombre incalculable de fois en caisse par des clients et malmenée par le personnel parce que malgré la carte je ne suis pas perçue comme personne à mobilité réduite
  • Je suis trop jeune et trop jolie pour être handicapée, entendu en milieu pro, de la part de mes collègues ET de mes clients.
  • « Vous êtes tout le temps absente, c’est honteux, 3 semaines d’arrêt pour une grippe vous devriez avoir honte et votre médecin aussi. » Sauf que j’avais pas la grippe et que même si cela avait été le cas des complications sont possibles. La mauvaise gestion des absences par la hiérarchie met une pression supplémentaire sur le salarié.
  • et alors le top du top : c’est de se faire insulter par un autre porteur de carte, pour la même raison : je suis trop jeune. Je vous laisse imaginer le quotidien des parents valides qui ont des enfants à mobilité réduite… Ils se font pourrir comme moi et sont qualifiés de fraudeurs…

Alors je me suis adaptée, comme beaucoup je ne sors les cartes mobilité inclusion qu’à mon cœur défendant quand je n’ai aucune autre alternative. Je ne fréquente plus certains lieux. Elles sont sensées nous faciliter le quotidien. Dans les faits cela fait beaucoup de dégâts psychologiques parce qu’on a vraiment l’impression d’emmerder les gens qu’on emmerde les gens. Ce n’est pas qu’une impression, nous leur faisons perdre du temps. Soit en passant devant eux, soit juste parce que nous sommes moins rapide indépendamment du coupe fil.

Avec le pass sanitaire, les gens vont perdre leur précieux temps dans les files de contrôle, mais ils vont aussi découvrir ce que c’est de devoir justifier du droit d’être dans l’espace public. Et je doute que ça passe aussi bien que ce que chacun semble le présupposer.

Pour ma part le choix est vite fait, j’en ai déjà ras le bol de devoir justifier que j’ai le droit d’être là. Depuis plusieurs années j’évite petit à petit ces lieux où je ne suis finalement pas vraiment la bienvenue. Le pass sanitaire va juste accélérer le processus d’abandon d’une certaine partie de l’espace public d’ors et déjà peu accueillant.

Inclusion sur le papier exclusion dans les faits…

Bienvenue dans le monde pas joyeux du « prouve que tu as le droit d’être là » !!!!

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