On ne touche pas !!!

Je devrais même écrire ON NE TOUCHE PAS @&#$!… Mais j’aime le charme un peu désuet des jurons transcrits en symboles…

Donc voilà, je suis tatouée, ce n’est pas le scoop de l’année au vu des mes précédentes publications. Mais j’ai franchi une ligne invisible et insoupçonnée au printemps dernier. J’ai désormais des pièces visibles pendant la période estivale. Les manches longues en été cela manque de confort.

Officieusement le corps des femmes appartient au domaine public, les commentaires fusent en permanence sur l’apparence des unes et des autres, personnalités publiques, mais aussi des anonymes prises en photos dans la rue pour être moquées en ligne. Mais je suis globalement épargnée, il est mal vu socialement parlant pour l’instant du moins, de se moquer du handicap. Donc on m’observe, on me klaxonne, mais on ne commente pas… Dans la rue si les gens l’été me dévisageaient à cause des cicatrices, ils gardaient une certaine décence, ils ne pas faisaient de commentaires directs ou ne posaient de questions intrusives et surtout personne ne touchait.

Mais depuis le retour des beaux jours je suis passée dans un autre monde. Impossible de faire le marché sans commentaires, sans questions, sans une main qui se tend pour toucher. Les questions fusent sur les tatouages mais aussi sur les cicatrices, mon collier. Même le personnel soignant fait désormais des commentaires : des hommes, des femmes, aucune limite d’âge c’est universel. La boite de Pandore est ouverte… Mes tatouages mais aussi le reste sont passés dans le domaine public…

De plus les gens ne prennent pas toujours bien quand on les remet gentiment à leur place :

  • Non je ne traduirais pas le texte que j’ai dans le dos, je le dissimule désormais, les gens sont effrayants.
  • Non je ne marcherai pas moins vite pour que le papy qui me suit jusque dans la pharmacie puisse le lire. Lorsqu’il a découvert que c’était en anglais, il était mécontent…
  • Non je ne donnerai pas la signification des dessins.
  • Non je ne justifierai pas les cicatrices
  • Non je ne ferai pas de commentaires sur mon collier
  • Non, on ne touche pas. Et je n’ai pas toujours le temps de retirer mon avant bras…

Je comprends l’envie de toucher. C’est notre sens le plus développé et c’est le premier sens opérationnel dès la naissance. Mais ce n’est pas une raison pour franchir le cap.

Les enfants touchent spontanément, les petits du moins. Les plus grands à partir de six ou sept ans veulent toucher mais ne le font pas. Ils demandent. Par contre les adultes, eux touchent… Je distingue deux types d’adultes. Il y a ceux qui sont « juste » irrespectueux sous prétexte que visible veut dire public, ils touchent, commentent et font la tête quand on leur rappelle les règles de bases. Et puis il y en a quelques uns qui ont le même cheminement que les tous petits, qui touchent et regardent leurs doigts voir si l’encre c’est transférée sur leur peau. C’est intrusif dans les deux cas, anxiogène dans certains contextes. Mais je peux comprendre le geste des seconds. J’étais hospitalisée. J’ai en tête une dame d’un certain âge, qui me parle et passe la main dans mon dos puis regarde ses doigts, fascinée en prenant conscience que ma peau est lisse et ses doigts propres. Je devais être la première personne tatouée qu’elle croisait d’aussi près. L’enthousiasme avec lequel elle explique à sa collègue que les écritures sont dans ma peau était juste adorable. Je le mets au même niveau que mon neveu tout jeune qui frottait pour voir si le dessin s’effaçait. C’est un acte spontané presque enfantin devant la nouveauté, l’inconnu. Le tatouage est une pratique multiculturelle, mais on oublie qu’elle n’est pas universelle ni dans l’espace ni dans le temps. Mais cette dame ne sera plus jamais surprise et ne réitérera probablement jamais son geste contrairement aux mal élevés.

Aujourd’hui je récidive, je vais me faire tatouer une autre partie visible, il fait trente degrés dehors, impossible de prendre le métro en jean par cette température avec un tatouage frais planqué dessous. Alors on va tricher… On va couvrir le pansement étanche d’une jolie bande et c’est en short que je vais me balader. Avec ma boiterie, ma canne et un pansement qui dépasse, je devrais être à l’abri de tous contacts intempestifs, pour l’instant…

La principale victime des contacts intempestifs…

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